PROUST - EXTRAITS
Pour Albertine, c'était des questions d'essence : En son fond qu'était-elle ? C'était cet inconnu qui faisait le fond de mon amour
"pour Albertine, c'était des questions d'essence : En son fond qu'était-elle ? À quoi pensait-elle ? Qu'aimait-elle ? Me mentait-elle ? Ma vie avec elle a-t-elle été aussi lamentable que celle de Swann avec Odette ?"
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"C'était cet inconnu qui faisait le fond de mon amour"
http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/392
"cet inconnaissable qu'est pour nous, quand nous cherchons effectivement à nous la représenter, la vie réelle d'une autre personne"
http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/343
"L'équation approximative de cette inconnue qu'était pour moi la pensée d'Albertine"
http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/382
"Existences disposées sur cinq ou six lignes de repli, de sorte que, quand on veut voir cette femme, ou savoir, on est venu frapper trop à droite, ou trop à gauche, ou trop en avant, ou trop en arrière, et qu'on peut pendant des mois, des années, tout ignorer. Pour Albertine, je sentais que je n'apprendrais jamais rien, qu'entre la multiplicité entremêlée des détails réels et des faits mensongers je n'arriverais jamais à me débrouiller. Et que ce serait toujours ainsi"
http://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/283
Lecture de Céline Sallette : Inconnaissable, l'être aimé
Extrait de Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux
Sources de la Vivonne

"Jamais dans la promenade du côté de Guermantes nous ne pûmes remonter jusqu’aux sources de la Vivonne, auxquelles j’avais souvent pensé et qui avaient pour moi une existence si abstraite, si idéale, que j’avais été aussi surpris quand on m’avait dit qu’elles se trouvaient dans le département, à une certaine distance kilométrique de Combray, que le jour où j’avais appris qu’il y avait un autre point précis de la terre où s’ouvrait, dans l’antiquité, l’entrée des Enfers."
(Du Côté de chez Swann)
...
"Un de mes autres étonnements fut de voir les « Sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’Entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles."
(Albertine disparue)
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"Never, in the course of our walks along the ‘Guermantes way,’ might we penetrate as far as the source of the Vivonne, of which I had often thought, which had in my mind so abstract, so ideal an existence, that I had been as much surprised when some one told me that it was actually to be found in the same department, and at a given number of miles from Combray, as I had been on the day when I had learned that there was another fixed point somewhere on the earth’s surface, where, according to the ancients, opened the jaws of Hell."
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"One of my other surprises was that of seeing the ‘source of the Vivonne’ which I imagined as something as extraterrestrial as the Gates of Hell, and which was merely a sort of rectangular basin in which bubbles rose to the surface."
moelleux arrière-plan de silence qui pacifie certaines rêveries de Schumann - le Poète parle
"Au moment où je me la représentais ainsi m'attendant à la maison, comme une femme bien aimée trouvant le temps long, s'étant peut-être endormie un instant dans sa chambre, je fus caressé au passage par une tendre phrase familiale et domestique du septuor.
Peut-être – tant tout s'entrecroise et se superpose dans notre vie intérieure – avait-elle été inspirée à Vinteuil par le sommeil de sa fille – de sa fille, cause aujourd'hui de tous mes troubles – quand il enveloppait de sa douceur, dans les paisibles soirées, le travail du musicien, cette phrase qui me calma tant par le même moelleux arrière-plan de silence qui pacifie certaines rêveries de Schumann, durant lesquelles, même quand « le Poète parle », on devine que « l'enfant dort ».
Endormie, éveillée, je la retrouverais ce soir, quand il me plairait de rentrer, Albertine, ma petite enfant."
(La Prisonnière, Marcel Proust)
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At the moment when I pictured her thus to myself waiting for me at home, like a beloved wife who found the time of waiting long, and had perhaps fallen asleep for a moment in her room, I was caressed by the passage of a tender phrase, homely and domestic, of the septet.
Perhaps — everything is so interwoven and superimposed in our inward life — it had been inspired in Vinteuil by his daughter’s sleep — his daughter, the cause to-day of all my troubles — when it enveloped in its quiet, on peaceful evenings, the work of the composer, this phrase which calmed me so, by the same soft background of silence which pacifies certain of Schumann’s reveries, during which, even when ‘the Poet is speaking,’ one can tell that ‘the child is asleep.’
Asleep, awake, I should find her again this evening, when I chose to return home, Albertine, my little child.
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VIDEO : Alfred Cortot plays "Der Dichter spricht" - Le Poète parle - The Poet Speaks - Robert Schumann (Kinderszenen)
The girl at the beginning of the video: Lucile Bascouret
0:41 from the left to the right: Pierre Froment, Thierry de Brunhoff and Eric Heidsieck.
Cortot was 84 in this video, so this video was taken in 1961, a year before his death.
XVe quatuor : ce mysticisme presque aigre qui est divin (Baron de Charlus)
Baron de Charlus à Charlie Morel : "Vous avez joué l'autre jour la transcription au piano du XVe quatuor, ce qui est déjà absurde parce que rien n'est moins pianistique. Elle est faite pour les gens à qui les cordes trop tendues du glorieux Sourd font mal aux oreilles. Or c'est justement ce mysticisme presque aigre qui est divin."
"You were playing the other day the transposition for the piano of the Fifteenth Quartet, which is absurd in itself because nothing could be less pianistic. It is meant for people whose ears are hurt by the too highly strained chords of the glorious Deaf One. Whereas it is precisely that almost bitter mysticism that is divine."
AUDIO :
String Quartet No. 15 in A minor, op. 132
by Ludwig van Beethoven (1770-1827)
1. Movement "Assai sostenuto-Allegro"
Busch Quartet
07.X.1937
Bernard Giraudeau, Claude Miller : Proust, la hantise du désir, le dépucelage d'une jeune fille
Bernard Giraudeau : Proust, la hantise du désir, le dépucelage d'une jeune fille...
Extrait de La Petite Lili, un film de Claude Miller
Avec
Bernard Giraudeau, Ludivine Sagnier, Robinson Stévenin, Jean-Pierre Marielle
DVD:
Bernard Giraudeau : "Vous savez Julien, moi je ne crois pas aux idées générales, je crois aux énergies, je crois aux pulsions, aux désirs. Tenez il y a de très jolies choses dans Proust, sur la hantise du désir. Il parle de la joie sensuelle, stupide, brutale, de la férocité des corps qui jouissent. Je me souviens dans Les Plaisirs et les Jours, il décrit le dépucelage d'une jeune fille. Il dit qu'en s'abandonnant au plaisir, elle avait l'impression de faire pleurer l'âme de sa mère, l'âme des anges, de faire pleurer l'âme de Dieu. C'est beau, non ?"
Les passages de Proust évoqués par Bernard Giraudeau,
extraits de La confession d'une jeune fille (Les Plaisirs et les Jours) :
"il m'apparaissait confusément maintenant que dans tout acte voluptueux et coupable il y a autant de férocité de la part du corps qui jouit, et qu'en nous autant de bonnes intentions, autant d'anges purs sont martyrisés et pleurent."
"Alors tandis que le plaisir me tenait de plus en plus, je sentais s'éveiller, au fond de mon coeur, une tristesse et une désolation infinies; il me semblait que je faisais pleurer l'âme de ma mère, l'âme de mon ange gardien, l'âme de Dieu."
"Alors, au-dessus de la cheminée, je me vis dans la glace. Toute cette vague angoisse de mon âme n'était pas peinte sur ma figure, mais toute elle respirait, des yeux brillants aux joues enflammées et à la bouche offerte, une joie sensuelle, stupide et brutale. "
Nicole Garcia : Mado Marceaux
Jean-Pierre Marielle : Simon Marceaux
Bernard Giraudeau : Brice
Ludivine Sagnier : Lili
Robinson Stévenin : Julien Marceaux
Julie Depardieu : Jeanne-Marie
Yves Jacques : Serge
Anne Le Ny : Léone
Marc Betton : Guy
Michel Piccoli : acteur qui joue Simon
Louise Boisvert : actrice qui joue Léone
Mathieu Grondin : acteur qui joue Julien
Charles Senard : assistant de Julien
Fani Kolarova
AUDIO : La confession d'une jeune fille (Marcel Proust) lue par Hélène Fillières
Extrait audio : La Confession d'une jeune fille (Les Plaisirs et les Jours), lue par l'actrice Hélène Fillières
(lecture intégrale sur le CD - texte intégral en ligne)
"Pour me distraire, on me fit débuter dans le monde. Des jeunes gens prirent l'habitude de venir me voir. L'un d'entre eux était pervers et méchant. Il avait des manières à la fois douces et hardies. C'est de lui que je devins amoureuse."

Marcel Proust, La confession d'une jeune fille
et extrait de Combray, Du Côté de Chez Swann
(scène de sadisme : Mlle Vinteuil et son amie à Montjouvain)
CD audio, texte lu par Hélène Fillières.
Editeur : Des Femmes
Collection : La Bibliothèque des Voix
AUDIO : La scène de Montjouvain (saphisme et sadisme, Mlle Vinteuil) lue par Hélène Fillières
Extrait audio : Une partie de la scène de Montjouvain (Marcel Proust), lue par l'actrice Hélène Fillières
(scène lue intégralement sur le CD, à la suite de La Confession d'une jeune fille)
Scène dont le narrateur dira :
"en cette fin de journée lointaine à Montjouvain, caché derrière un buisson
... j'avais dangereusement laissé s'élargir en moi la voie funeste
et destinée à être douloureuse du Savoir"

Marcel Proust, La confession d'une jeune fille
et extrait de Combray, Du Côté de Chez Swann
(scène de sadisme : Mlle Vinteuil et son amie à Montjouvain)
CD audio, texte lu par Hélène Fillières.
Editeur : Des Femmes
Collection : La Bibliothèque des Voix
"C'est peut-être d'une impression ressentie aussi auprès de Montjouvain, quelques années plus tard, impression restée obscure alors, qu'est sortie, bien après, l'idée que je me suis faite du sadisme. On verra plus tard que, pour de tout autres raisons, le souvenir de cette impression devait jouer un rôle important dans ma vie. C'était par un temps très chaud ; mes parents qui avaient dû s'absenter pour toute la journée, m'avaient dit de rentrer aussi tard que je voudrais ; et étant allé jusqu'à la mare de Montjouvain où j'aimais revoir les reflets du toit de tuile, je m'étais étendu à l'ombre et endormi dans les buissons du talus qui domine la maison, là où j'avais attendu mon père autrefois, un jour qu'il était allé voir M. Vinteuil. Il faisait presque nuit quand je m'éveillai, je voulus me lever, mais je vis Mlle Vinteuil (autant que je pus la reconnaître, car je ne l'avais pas vue souvent à Combray, et seulement quand elle était encore une enfant, tandis qu'elle commençait d'être une jeune fille) qui probablement venait de rentrer, en face de moi, à quelques centimètres de moi, dans cette chambre où son père avait reçu le mien et dont elle avait fait son petit salon à elle. La fenêtre était entr'ouverte, la lampe était allumée, je voyais tous ses mouvements sans qu'elle me vît, mais en m'en allant j'aurais fait craquer les buissons, elle m'aurait entendu et elle aurait pu croire que je m'étais caché là pour l'épier.
Elle était en grand deuil, car son père était mort depuis peu. Nous n'étions pas allés la voir, ma mère ne l'avait pas voulu à cause d'une vertu qui chez elle limitait seule les effets de la bonté : la pudeur ; mais elle la plaignait profondément. Ma mère se rappelant la triste fin de vie de M. Vinteuil, tout absorbée d'abord par les soins de mère et de bonne d'enfant qu'il donnait à sa fille, puis par les souffrances que celle-ci lui avait causées ; elle revoyait le visage torturé qu'avait eu le vieillard tous les derniers temps ; elle savait qu'il avait renoncé à jamais à achever de transcrire au net toute son œuvre des dernières années, pauvres morceaux d'un vieux professeur de piano, d'un ancien organiste de village dont nous imaginions bien qu'ils n'avaient guère de valeur en eux-mêmes, mais que nous ne méprisions pas, parce qu'ils en avaient tant pour lui dont ils avaient été la raison de vivre avant qu'il les sacrifiât à sa fille, et qui pour la plupart pas même notés, conservés seulement dans sa mémoire, quelques-uns inscrits sur des feuillets épars, illisibles, resteraient inconnus ; ma mère pensait à cet autre renoncement plus cruel encore auquel M. Vinteuil avait été contraint, le renoncement à un avenir de bonheur honnête et respecté pour sa fille ; quand elle évoquait toute cette détresse suprême de l'ancien maître de piano de mes tantes, elle éprouvait un véritable chagrin et songeait avec effroi à celui, autrement amer, que devait éprouver Mlle Vinteuil, tout mêlé du remords d'avoir à peu près tué son père. « Pauvre M. Vinteuil, disait ma mère, il a vécu et il est mort pour sa fille, sans avoir reçu son salaire. Le recevra-t-il après sa mort et sous quelle forme ? Il ne pourrait lui venir que d'elle. »
Au fond du salon de Mlle Vinteuil, sur la cheminée, était posé un petit portrait de son père que vivement elle alla chercher au moment où retentit le roulement d'une voiture qui venait de la route, puis elle se jeta sur un canapé, et tira près d'elle une petite table sur laquelle elle plaça le portrait, comme M. Vinteuil autrefois avait mis à côté de lui le morceau qu'il avait le désir de jouer à mes parents. Bientôt son amie entra. Mlle Vinteuil l'accueillit sans se lever, ses deux mains derrière la tête et se recula sur le bord opposé du sofa comme pour lui faire une place. Mais aussitôt elle sentit qu'elle semblait ainsi lui imposer une attitude qui lui était peut-être importune. Elle pensa que son amie aimerait peut-être mieux être loin d'elle sur une chaise, elle se trouva indiscrète, la délicatesse de son cœur s'en alarma ; reprenant toute la place sur le sofa elle ferma les yeux et se mit à bâiller pour indiquer que l'envie de dormir était la seule raison pour laquelle elle s'était ainsi étendue. Malgré la familiarité rude et dominatrice qu'elle avait avec sa camarade, je reconnaissais les gestes obséquieux et réticents, les brusques scrupules de son père. Bientôt elle se leva, feignit de vouloir fermer les volets et de n'y pas réussir.
– Laisse donc tout ouvert, j'ai chaud, dit son amie.
– Mais c'est assommant, on nous verra, répondit Mlle Vinteuil.
Mais elle devina sans doute que son amie penserait qu'elle n'avait dit ces mots que pour la provoquer à lui répondre par certains autres, qu'elle avait en effet le désir d'entendre, mais que par discrétion elle voulait lui laisser l'initiative de prononcer. Aussi son regard, que je ne pouvais distinguer, dut-il prendre l'expression qui plaisait tant à ma grand'mère, quand elle ajouta vivement :
– Quand je dis nous voir, je veux dire nous voir lire ; c'est assommant, quelque chose insignifiante qu'on fasse, de penser que des yeux vous voient.
Par une générosité instinctive et une politesse involontaire elle taisait les mots prémédités qu'elle avait jugés indispensables à la pleine réalisation de son désir. Et à tous moments au fond d'elle-même une vierge timide et suppliante implorait et faisait reculer un soudard fruste et vainqueur.
– Oui, c'est probable qu'on nous regarde à cette heure-ci, dans cette campagne fréquentée, dit ironiquement son amie. Et puis quoi ? ajouta-t-elle (en croyant devoir accompagner d'un clignement d'yeux malicieux et tendre ces mots qu'elle récita par bonté, comme un texte qu'elle savait être agréable à Mlle Vinteuil, d'un ton qu'elle s'efforçait de rendre cynique), quand même on nous verrait, ce n'en est que meilleur.
Mlle Vinteuil frémit et se leva. Son cœur scrupuleux et sensible ignorait quelles paroles devaient spontanément venir s'adapter à la scène que ses sens réclamaient. Elle cherchait le plus loin qu'elle pouvait de sa vraie nature morale, à trouver le langage propre à la fille vicieuse qu'elle désirait d'être, mais les mots qu'elle pensait que celle-ci eût prononcés sincèrement lui paraissaient faux dans sa bouche. Et le peu qu'elle s'en permettait était dit sur un ton guindé où ses habitudes de timidité paralysaient ses velléités d'audace, et s'entremêlait de : « Tu n'as pas froid, tu n'as pas trop chaud, tu n'as pas envie d'être seule et de lire ? »
– Mademoiselle me semble avoir des pensées bien lubriques, ce soir, finit-elle par dire, répétant sans doute une phrase qu'elle avait entendue autrefois dans la bouche de son amie.
Dans l'échancrure de son corsage de crêpe, Mlle Vinteuil sentit que son amie piquait un baiser, elle poussa un petit cri, s'échappa, et elles se poursuivirent en sautant, faisant voleter leurs larges manches comme des ailes et gloussant et piaillant comme des oiseaux amoureux. Puis Mlle Vinteuil finit par tomber sur le canapé, recouverte par le corps de son amie. Mais celle-ci tournait le dos à la petite table sur laquelle était placé le portrait de l'ancien professeur de piano. Mlle Vinteuil comprit que son amie ne le verrait pas si elle n'attirait pas sur lui son attention, et elle lui dit, comme si elle venait seulement de le remarquer :
– Oh ! ce portrait de mon père qui nous regarde, je ne sais pas qui a pu le mettre là, j'ai pourtant dit vingt fois que ce n'était pas sa place.
Je me souvins que c'étaient les mots que M. Vinteuil avait dits à mon père à propos du morceau de musique. Ce portrait leur servait sans doute habituellement pour des profanations rituelles, car son amie lui répondit par ces paroles qui devaient faire partie de ses réponses liturgiques :
– Mais laisse-le donc où il est, il n'est plus là pour nous embêter. Crois-tu qu'il pleurnicherait, qu'il voudrait te mettre ton manteau, s'il te voyait là, la fenêtre ouverte, le vilain singe.
Mlle Vinteuil répondit par des paroles de doux reproche : « Voyons, voyons », qui prouvaient la bonté de sa nature, non qu'elles fussent dictées par l'indignation que cette façon de parler de son père eût pu lui causer (évidemment, c'était là un sentiment qu'elle s'était habituée, à l'aide de quels sophismes ? à faire taire en elle dans ces minutes-là), mais parce qu'elles étaient comme un frein que pour ne pas se montrer égoïste elle mettait elle-même au plaisir que son amie cherchait à lui procurer. Et puis cette modération souriante en répondant à ces blasphèmes, ce reproche hypocrite et tendre, paraissaient peut-être à sa nature franche et bonne une forme particulièrement infâme, une forme doucereuse de cette scélératesse qu'elle cherchait à s'assimiler. Mais elle ne put résister à l'attrait du plaisir qu'elle éprouverait à être traitée avec douceur par une personne si implacable envers un mort sans défense ; elle sauta sur les genoux de son amie, et lui tendit chastement son front à baiser comme elle aurait pu faire si elle avait été sa fille, sentant avec délices qu'elles allaient ainsi toutes deux au bout de la cruauté en ravissant à M. Vinteuil, jusque dans le tombeau, sa paternité. Son amie lui prit la tête entre ses mains et lui déposa un baiser sur le front avec cette docilité que lui rendait facile la grande affection qu'elle avait pour Mlle Vinteuil et le désir de mettre quelque distraction dans la vie si triste maintenant de l'orpheline.
– Sais-tu ce que j'ai envie de lui faire à cette vieille horreur ? dit-elle en prenant le portrait.
Et elle murmura à l'oreille de Mlle Vinteuil quelque chose que je ne pus entendre.
– Oh ! tu n'oserais pas.
– Je n'oserais pas cracher dessus ? sur ça ? dit l'amie avec une brutalité voulue.
Je n'en entendis pas davantage, car Mlle Vinteuil, d'un air las, gauche, affairé, honnête et triste, vint fermer les volets et la fenêtre, mais je savais maintenant, pour toutes les souffrances que pendant sa vie M. Vinteuil avait supportées à cause de sa fille, ce qu'après la mort il avait reçu d'elle en salaire.
Et pourtant j'ai pensé depuis que si M. Vinteuil avait pu assister à cette scène, il n'eût peut-être pas encore perdu sa foi dans le bon cœur de sa fille, et peut-être même n'eût-il pas eu en cela tout à fait tort. Certes, dans les habitudes de Mlle Vinteuil l'apparence du mal était si entière qu'on aurait eu de la peine à la rencontrer réalisée à ce degré de perfection ailleurs que chez une sadique ; c'est à la lumière de la rampe des théâtres du boulevard plutôt que sous la lampe d'une maison de campagne véritable qu'on peut voir une fille faire cracher une amie sur le portrait d'un père qui n'a vécu que pour elle ; et il n'y a guère que le sadisme qui donne un fondement dans la vie à l'esthétique du mélodrame. Dans la réalité, en dehors des cas de sadisme, une fille aurait peut-être des manquements aussi cruels que ceux de Mlle Vinteuil envers la mémoire et les volontés de son père mort, mais elle ne les résumerait pas expressément en un acte d'un symbolisme aussi rudimentaire et aussi naïf ; ce que sa conduite aurait de criminel serait plus voilé aux yeux des autres et même à ses yeux à elle qui ferait le mal sans se l'avouer. Mais, au-delà de l'apparence, dans le cœur de Mlle Vinteuil, le mal, au début du moins, ne fut sans doute pas sans mélange. Une sadique comme elle est l'artiste du mal, ce qu'une créature entièrement mauvaise ne pourrait être, car le mal ne lui serait pas extérieur, il lui semblerait tout naturel, ne se distinguerait même pas d'elle ; et la vertu, la mémoire des morts, la tendresse filiale, comme elle n'en aurait pas le culte, elle ne trouverait pas un plaisir sacrilège à les profaner. Les sadiques de l'espèce de Mlle Vinteuil sont des êtres si purement sentimentaux, si naturellement vertueux que même le plaisir sensuel leur paraît quelque chose de mauvais, le privilège des méchants. Et quand ils se concèdent à eux-mêmes de s'y livrer un moment, c'est dans la peau des méchants qu'ils tâchent d'entrer et de faire entrer leur complice, de façon à avoir eu un moment l'illusion de s'être évadés de leur âme scrupuleuse et tendre, dans le monde inhumain du plaisir. Et je comprenais combien elle l'eût désiré en voyant combien il lui était impossible d'y réussir. Au moment où elle se voulait si différente de son père, ce qu'elle me rappelait, c'était les façons de penser, de dire, du vieux professeur de piano. Bien plus que sa photographie, ce qu'elle profanait, ce qu'elle faisait servir à ses plaisirs mais qui restait entre eux et elle et l'empêchait de les goûter directement, c'était la ressemblance de son visage, les yeux bleus de sa mère à lui qu'il lui avait transmis comme un bijou de famille, ces gestes d'amabilité qui interposaient entre le vice de Mlle Vinteuil et elle une phraséologie, une mentalité qui n'était pas faite pour lui et l'empêchait de le connaître, comme quelque chose de très différent des nombreux devoirs de politesse auxquels elle se consacrait d'habitude. Ce n'est pas le mal qui lui donnait l'idée du plaisir, qui lui semblait agréable ; c'est le plaisir qui lui semblait malin. Et comme chaque fois qu'elle s'y adonnait il s'accompagnait pour elle de ces pensées mauvaises qui le reste du temps étaient absentes de son âme vertueuse, elle finissait par trouver au plaisir quelque chose de diabolique, par l'identifier au Mal. Peut-être Mlle Vinteuil sentait-elle que son amie n'était pas foncièrement mauvaise, et qu'elle n'était pas sincère au moment où elle lui tenait ces propos blasphématoires. Du moins avait-elle le plaisir d'embrasser sur son visage des sourires, des regards, feints peut-être, mais analogues dans leur expression vicieuse et basse à ceux qu'aurait eus non un être de bonté et de souffrance, mais un être de cruauté et de plaisir. Elle pouvait s'imaginer un instant qu'elle jouait vraiment les jeux qu'eût joués, avec une complice aussi dénaturée, une fille qui aurait ressenti en effet ces sentiments barbares à l'égard de la mémoire de son père. Peut-être n'eût-elle pas pensé que le mal fût un état si rare, si extraordinaire, si dépaysant, où il était si reposant d'émigrer, si elle avait su discerner en elle, comme en tout le monde, cette indifférence aux souffrances qu'on cause et qui, quelques autres noms qu'on lui donne, est la forme terrible et permanente de la cruauté."
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"And it is perhaps from another impression which I received at Montjouvain, some years later, an impression which at that time was without meaning, that there arose, long afterwards, my idea of that cruel side of human passion called ‘sadism.’ We shall see, in due course, that for quite another reason the memory of this impression was to play an important part in my life. It was during a spell of very hot weather; my parents, who had been obliged to go away for the whole day, had told me that I might stay out as late as I pleased; and having gone as far as the Montjouvain pond, where I enjoyed seeing again the reflection of the tiled roof of the hut, I had lain down in the shade and gone to sleep among the bushes on the steep slope that rose up behind the house, just where I had waited for my parents, years before, one day when they had gone to call on M. Vinteuil. It was almost dark when I awoke, and I wished to rise and go away, but I saw Mile. Vinteuil (or thought, at least, that I recognised her, for I had not seen her often at Combray, and then only when she was still a child, whereas she was now growing into a young woman), who probably had just come in, standing in front of me, and only a few feet away from me, in that room in which her father had entertained mine, and which she had now made into a little sitting-room for herself. The window was partly open; the lamp was lighted; I could watch her every movement without her being able to see me; but, had I gone away, I must have made a rustling sound among the bushes, she would have heard me, and might have thought that I had been hiding there in order to spy upon her.
She was in deep mourning, for her father had but lately died. We had not gone to see her; my mother had not cared to go, on account of that virtue which alone in her fixed any bounds to her benevolence — namely, modesty; but she pitied the girl from the depths of her heart. My mother had not forgotten the sad end of M. Vinteuil’s life, his complete absorption, first in having to play both mother and nursery-maid to his daughter, and, later, in the suffering which she had caused him; she could see the tortured expression which was never absent from the old man’s face in those terrible last years; she knew that he had definitely abandoned the task of transcribing in fair copies the whole of his later work, the poor little pieces, we imagined, of an old music-master, a retired village organist, which, we assumed, were of little or no value in themselves, though we did not despise them, because they were of such great value to him and had been the chief motive of his life before he sacrificed them to his daughter; pieces which, being mostly not even written down, but recorded only in his memory, while the rest were scribbled on loose sheets of paper, and quite illegible, must now remain unknown for ever; my mother thought, also, of that other and still more cruel renunciation to which M. Vinteuil had been driven, that of seeing the girl happily settled, with an honest and respectable future; when she called to mind all this utter and crushing misery that had come upon my aunts’ old music-master, she was moved to very real grief, and shuddered to think of that other grief, so different in its bitterness, which Mlle. Vinteuil must now be feeling, tinged with remorse at having virtually killed her father. “Poor M. Vinteuil,” my mother would say, “he lived for his daughter, and now he has died for her, without getting his reward. Will he get it now, I wonder, and in what form? It can only come to him from her.”
At the far end of Mlle. Vinteuil’s sitting-room, on the mantelpiece, stood a small photograph of her father which she went briskly to fetch, just as the sound of carriage wheels was heard from the road outside, then flung herself down on a sofa and drew close beside her a little table on which she placed the photograph, just as, long ago, M. Vinteuil had ‘placed’ beside him the piece of music which he would have liked to play over to my parents. And then her friend came in. Mlle. Vinteuil greeted her without rising, clasping her hands behind her head, and drew her body to one side of the sofa, as though to ‘make room.’ But no sooner had she done this than she appeared to feel that she was perhaps suggesting a particular position to her friend, with an emphasis which might well be regarded as importunate. She thought that her friend would prefer, no doubt, to sit down at some distance from her, upon a chair; she felt that she had been indiscreet; her sensitive heart took fright; stretching herself out again over the whole of the sofa, she closed her eyes and began to yawn, so as to indicate that it was a desire to sleep, and that alone, which had made her lie down there. Despite the rude and hectoring familiarity with which she treated her companion I could recognise in her the obsequious and reticent advances, the abrupt scruples and restraints which had characterised her father. Presently she rose and came to the window, where she pretended to be trying to close the shutters and not succeeding.
“Leave them open,” said her friend. “I am hot.”
“But it’s too dreadful! People will see us,” Mlle. Vinteuil answered. And then she guessed, probably, that her friend would think that she had uttered these words simply in order to provoke a reply in certain other words, which she seemed, indeed, to wish to hear spoken, but, from prudence, would let her friend be the first to speak. And so, although I could not see her face clearly enough, I am sure that the expression must have appeared on it which my grandmother had once found so delightful, when she hastily went on: “When I say ‘see us’ I mean, of course, see us reading. It’s so dreadful to think that in every trivial little thing you do some one may be overlooking you.”
With the instinctive generosity of her nature, a courtesy beyond her control, she refrained from uttering the studied words which, she had felt, were indispensable for the full realisation of her desire. And perpetually, in the depths of her being, a shy and suppliant maiden would kneel before that other element, the old campaigner, battered but triumphant, would intercede with him and oblige him to retire.
“Oh, yes, it is so extremely likely that people are looking at us at this time of night in this densely populated district!” said her friend, with bitter irony. “And what if they are?” she went on, feeling bound to annotate with a malicious yet affectionate wink these words which she was repeating, out of good nature, like a lesson prepared beforehand which, she knew, it would please Mlle. Vinteuil to hear. “And what if they are? All the better that they should see us.”
Mlle. Vinteuil shuddered and rose to her feet. In her sensitive and scrupulous heart she was ignorant what words ought to flow, spontaneously, from her lips, so as to produce the scene for which her eager senses clamoured. She reached out as far as she could across the limitations of her true character to find the language appropriate to a vicious young woman such as she longed to be thought, but the words which, she imagined, such a young woman might have uttered with sincerity sounded unreal in her own mouth. And what little she allowed herself to say was said in a strained tone, in which her ingrained timidity paralysed her tendency to freedom and audacity of speech; while she kept on interrupting herself with: “You’re sure you aren’t cold? You aren’t too hot? You don’t want to sit and read by yourself?...
“Your ladyship’s thoughts seem to be rather ‘warm’ this evening,” she concluded, doubtless repeating a phrase which she had heard used, on some earlier occasion, by her friend.
In the V-shaped opening of her crape bodice Mlle. Vinteuil felt the sting of her friend’s sudden kiss; she gave a little scream and ran away; and then they began to chase one another about the room, scrambling over the furniture, their wide sleeves fluttering like wings, clucking and crowing like a pair of amorous fowls. At last Mlle. Vinteuil fell down exhausted upon the sofa, where she was screened from me by the stooping body of her friend. But the latter now had her back turned to the little table on which the old music-master’s portrait had been arranged. Mlle. Vinteuil realised that her friend would not see it unless her attention were drawn to it, and so exclaimed, as if she herself had just noticed it for the first time: “Oh! there’s my father’s picture looking at us; I can’t think who can have put it there; I’m sure I’ve told them twenty times, that is not the proper place for it.”
I remembered the words that M. Vinteuil had used to my parents in apologising for an obtrusive sheet of music. This photograph was, of course, in common use in their ritual observances, was subjected to daily profanation, for the friend replied in words which were evidently a liturgical response: “Let him stay there. He can’t trouble us any longer. D’you think he’d start whining, d’you think he’d pack you out of the house if he could see you now, with the window open, the ugly old monkey?”
To which Mlle. Vinteuil replied, “Oh, please!”— a gentle reproach which testified to the genuine goodness of her nature, not that it was prompted by any resentment at hearing her father spoken of in this fashion (for that was evidently a feeling which she had trained herself, by a long course of sophistries, to keep in close subjection at such moments), but rather because it was the bridle which, so as to avoid all appearance of egotism, she herself used to curb the gratification which her friend was attempting to procure for her. It may well have been, too, that the smiling moderation with which she faced and answered these blasphemies, that this tender and hypocritical rebuke appeared to her frank and generous nature as a particularly shameful and seductive form of that criminal attitude towards life which she was endeavouring to adopt. But she could not resist the attraction of being treated with affection by a woman who had just shewn herself so implacable towards the defenceless dead; she sprang on to the knees of her friend and held out a chaste brow to be kissed; precisely as a daughter would have done to her mother, feeling with exquisite joy that they would thus, between them, inflict the last turn of the screw of cruelty, in robbing M. Vinteuil, as though they were actually rifling his tomb, of the sacred rights of fatherhood. Her friend took the girl’s head in her hands and placed a kiss on her brow with a docility prompted by the real affection she had for Mlle. Vinteuil, as well as by the desire to bring what distraction she could into the dull and melancholy life of an orphan.
“Do you know what I should like to do to that old horror?” she said, taking up the photograph. She murmured in Mlle. Vinteuil’s ear something that I could not distinguish.
“Oh! You would never dare.”
“Not dare to spit on it? On that?” shouted the friend with deliberate brutality.
I heard no more, for Mlle. Vinteuil, who now seemed weary, awkward, preoccupied, sincere, and rather sad, came back to the window and drew the shutters close; but I knew now what was the reward that M. Vinteuil, in return for all the suffering that he had endured in his lifetime, on account of his daughter, had received from her after his death.
And yet I have since reflected that if M. Vinteuil had been able to be present at this scene, he might still, and in spite of everything, have continued to believe in his daughter’s soundness of heart, and that he might even, in so doing, have been not altogether wrong. It was true that in all Mlle. Vinteuil’s actions the appearance of evil was so strong and so consistent that it would have been hard to find it exhibited in such completeness save in what is nowadays called a ‘sadist’; it is behind the footlights of a Paris theatre, and not under the homely lamp of an actual country house, that one expects to see a girl leading her friend on to spit upon the portrait of a father who has lived and died for nothing and no one but herself; and when we find in real life a desire for melodramatic effect, it is generally the ‘sadic’ instinct that is responsible for it. It is possible that, without being in the least inclined towards ‘sadism,’ a girl might have shewn the same outrageous cruelty as Mlle. Vinteuil in desecrating the memory and defying the wishes of her dead father, but she would not have given them deliberate expression in an act so crude in its symbolism, so lacking in subtlety; the criminal element in her behaviour would have been less evident to other people, and even to herself, since she would not have admitted to herself that she was doing wrong. But, appearances apart, in Mlle. Vinteuil’s soul, at least in the earlier stages, the evil element was probably not unmixed. A’sadist’ of her kind is an artist in evil, which a wholly wicked person could not be, for in that case the evil would not have been external, it would have seemed quite natural to her, and would not even have been distinguishable from herself; and as for virtue, respect for the dead, filial obedience, since she would never have practised the cult of these things, she would take no impious delight in their profanation. ‘Sadists’ of Mlle. Vinteuil’s sort are creatures so purely sentimental, so virtuous by nature, that even sensual pleasure appears to them as something bad, a privilege reserved for the wicked. And when they allow themselves for a moment to enjoy it they endeavour to impersonate, to assume all the outward appearance of wicked people, for themselves and their partners in guilt, so as to gain the momentary illusion of having escaped beyond the control of their own gentle and scrupulous natures into the inhuman world of pleasure. And I could understand how she must have longed for such an escape when I realised that it was impossible for her to effect it. At the moment when she wished to be thought the very antithesis of her father, what she at once suggested to me were the mannerisms, in thought and speech, of the poor old music-master. Indeed, his photograph was nothing; what she really desecrated, what she corrupted into ministering to her pleasures, but what remained between them and her and prevented her from any direct enjoyment of them, was the likeness between her face and his, his mother’s blue eyes which he had handed down to her, like some trinket to be kept in the family, those little friendly movements and inclinations which set up between the viciousness of Mlle. Vinteuil and herself a phraseology, a mentality not designed for vice, which made her regard it as not in any way different from the numberless little social duties and courtesies to which she must devote herself every day. It was not evil that gave her the idea of pleasure, that seemed to her attractive; it was pleasure, rather, that seemed evil. And as, every time that she indulged in it, pleasure came to her attended by evil thoughts such as, ordinarily, had no place in her virtuous mind, she came at length to see in pleasure itself something diabolical, to identify it with Evil. Perhaps Mlle. Vinteuil felt that at heart her friend was not altogether bad, not really sincere when she gave vent to those blasphemous utterances. At any rate, she had the pleasure of receiving those kisses on her brow, those smiles, those glances; all feigned, perhaps, but akin in their base and vicious mode of expression to those which would have been discernible on the face of a creature formed not out of kindness and long-suffering, but out of self-indulgence and cruelty. She was able to delude herself for a moment into believing that she was indeed amusing herself in the way in which, with so unnatural an accomplice, a girl might amuse herself who really did experience that savage antipathy towards her father’s memory. Perhaps she would not have thought of wickedness as a state so rare, so abnormal, so exotic, one which it was so refreshing to visit, had she been able to distinguish in herself, as in all her fellow-men and women, that indifference to the sufferings which they cause which, whatever names else be given it, is the one true, terrible and lasting form of cruelty."
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