La mort d’Albertine est le nœud de La recherche du temps perdu
"La mort d’Albertine est le nœud de La recherche du temps perdu. Après elle, dans Albertine disparue, tout vieillit brutalement et tout meurt (...)
(...) on touche au plus haut point avec Albertine disparue à la contradiction fondamentale, à la schizophrénie propre de La recherche. Ce roman n’est autre que le fruit d’une faille ouverte entre deux pôles, entre un Narrateur-personnage, le héros, et un Narrateur-écrivain, le narrateur. Cette structure fait que le monde vécu dans l’absence de l’art est revécu comme œuvre de l’art.
(...)
L’amour d’Albertine était l’alternative à La recherche du temps perdu. Ce n’est pas la révélation de la musique de Vinteuil qui l’écarte mais simplement l’arbitraire de la mort. La seconde lettre est le lieu d’incertitude de ce vaste roman, le signe d’un possible qui reparaît quand on ne l’attendait plus, puis qui s’éteint, scellant ainsi la possibilité d’un Temps retrouvé à venir. Reste qu’Albertine disparue aura été le lieu de la mise en danger de toute l’œuvre et, comme par fascination, le roman choisit de se clore par la répétition en mineur de ce possible écarté, non par la mort cette fois, mais par un laps de temps trop grand, en évoquant un « raté » au cours de la promenade avec Gilberte: le Narrateur y apprend, seulement alors, que leur désir avait concordé tandis qu’ils échangeaient – étant à cet instant inconnus l’un pour l’autre – un regard furtif."
David AGRECH
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