TADIE : PROUST ET LE ROMAN
Courts extraits du livre essentiel de Jean-Yves Tadié, "Proust et le roman".
Cette rubrique ne dispense pas de l'achat du livre de Tadié, à lire dans sa continuité (440 pages).
Les courts extraits permettent une focalisation plus attentive sur tel ou tel thème.
l'accent nasal d'Albertine
"l'accent nasal d'Albertine a quatre causes :
"des hérédités provinciales,
une affectation juvénile de flegme britannique,
les leçons d'une institutrice étrangère
et une hypertrophie congestive de la muqueuse du nez",
et un effet, d'exciter le désir"
Jean-Yves Tadié,
Proust et le roman,
TEL Gallimard page 138
Jean-Yves Tadié : Nina Companeez lui donne des accents geignards. Proust est un héros viril de la pensée
Jean-Yves Tadié, à propos de l'adaptation TV réalisée par Nina Companeez.
"Mais en plus de cela, Nina Companeez lui donne des accents geignards. Son narrateur pousse une longue mélopée plaintive assez antipathique, qui me paraît fausse : Proust est un héros viril de la pensée. Ca se lit dans la moindre page de « la Recherche ». Il va au fond des choses avec un grand courage, là où la plupart d’entre nous ne pouvons que nous arrêter. Au lieu de cela, le grand public pourrait se mettre à penser : « Mais qu’est-ce que c’est que ce type qui se plaint tout le temps ? »"
--> A lire intégralement sur BibliObs
Jean-Yves Tadié : Si vous transformez Proust en Maupassant, personne n’aura une idée de l’immense écrivain qu’il était
Jean-Yves Tadié (le meilleur spécialiste français de Proust, auteur de "Proust et le roman", et éditeur de l'oeuvre dans la Pléiade), analyse l'adaptation TV réalisée par Nina Companeez.
Extrait :
BibliObs. – On trouve un propos métaphysique que le cinéma ne peut qu’échouer à représenter…
Jean-Yves Tadié. – Ce n’est pas vrai. Prenez le « Journal d’un curé de campagne » de Robert Bresson, dans lequel rien ne manque par rapport au livre de Bernanos. Tout est transposable. A partir du moment où on se dit que le public ne supportera pas la complexité, et où on va vers la superficialité, on se perd. On ne gagne rien à cacher la vérité. Si vous transformez Proust en Maupassant, personne n’aura une idée de l’immense écrivain qu’il était.
--> A lire intégralement sur BibliObs
L'interrogation d'une beauté presque sans cause, où le secret étouffe la révélation
"...l'étrange passage où, Albertine morte, le narrateur sent le coup d'oeil porté sur des jeunes filles renforcé, dans une union mystique, par celui qu'Albertine, "curieux, furtif, entreprenant, reflétant d'insaisissables pensées", eût posé sur elles.
Ce qui reste de ce langage muet du visage, c'est "le frisson d'un inconnu".
...la peinture s'arrête à l'interrogation d'une beauté presque sans cause, où le secret étouffe la révélation."
Proust et le roman, Jean-Yves Tadié, page 93
Tadié : tout est né du regard qu'un enfant avait un jour jeté sur un couple de lesbiennes inconnues
"Mlle Vinteuil, qui apparait dans une seule scène, n'a qu'un petit rôle dans le roman, si l'on s'en tient à sa présence physique; mais, par sa présence morale, elle en a un énorme (...)
la jalousie, Gomorrhe, et finalement la fuite et la mort de la jeune fille [Albertine], tout est né du regard qu'un enfant avait un jour jeté sur un couple de lesbiennes inconnues."
Jean-Yves Tadié, Proust et le roman, Personnage et relation, TEL GALLIMARD page 225

