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010 Combray de loin

Du Côté de chez Swann - Première partie : Combray II

Combray de loin, à dix lieues à la ronde, vu du chemin de fer quand nous y arrivions la dernière semaine avant Pâques, ce n'était qu'une église résumant la ville, la représentant, parlant d'elle et pour elle aux lointains, et, quand on approchait, tenant serrés autour de sa haute mante sombre, en plein champ, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos laineux et gris des maisons rassemblées qu'un reste de remparts du moyen âge cernait çà et là d'un trait aussi parfaitement circulaire qu'une petite ville dans un tableau de primitif. À l'habiter, Combray était un peu triste, comme ses rues dont les maisons construites en pierres noirâtres du pays, précédées de degrés extérieurs, coiffées de pignons qui rabattaient l'ombre devant elles, étaient assez obscures pour qu'il fallût dès que le jour commençait à tomber relever les rideaux dans les « salles » ; des rues aux graves noms de saints (desquels plusieurs se rattachaient à l'histoire des premiers seigneurs de Combray) : rue Saint-Hilaire, rue Saint-Jacques où était la maison de ma tante, rue Sainte-Hildegarde, où donnait la grille, et rue du Saint-Esprit sur laquelle s'ouvrait la petite porte latérale de son jardin ; et ces rues de Combray existent dans une partie de ma mémoire si reculée, peinte de couleurs si différentes de celles qui maintenant revêtent pour moi le monde, qu'en vérité elles me paraissent toutes, et l'église qui les dominait sur la Place, plus irréelles encore que les projections de la lanterne magique ; et qu'à certains moments, il me semble que pouvoir encore traverser la rue Saint-Hilaire, pouvoir louer une chambre rue de l'Oiseau – à la vieille hôtellerie de l'Oiseau Flesché, des soupiraux de laquelle montait une odeur de cuisine qui s'élève encore par moments en moi aussi intermittente et aussi chaude – serait une entrée en contact avec l'Au-delà plus merveilleusement surnaturelle que de faire la connaissance de Golo et de causer avec Geneviève de Brabant.

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010 Combray at a distance

Submitted by proust on Sun, 06/28/2009 - 14:34.

Combray at a distance, from a twenty-mile radius, as we used to see it from the railway when we arrived there every year in Holy Week, was no more than a church epitomising the town, representing it, speaking of it and for it to the horizon, and as one drew near, gathering close about its long, dark cloak, sheltering from the wind, on the open plain, as a shepherd gathers his sheep, the woolly grey backs of its flocking houses, which a fragment of its mediaeval ramparts enclosed, here and there, in an outline as scrupulously circular as that of a little town in a primitive painting. To live in, Combray was a trifle depressing, like its streets, whose houses, built of the blackened stone of the country, fronted with outside steps, capped with gables which projected long shadows downwards, were so dark that one had, as soon as the sun began to go down, to draw back the curtains in the sitting-room windows; streets with the solemn names of Saints, not a few of whom figured in the history of the early lords of Combray, such as the Rue Saint-Hilaire, the Rue Saint-Jacques, in which my aunt’s house stood, the Rue Sainte-Hildegarde, which ran past her railings, and the Rue du Saint-Esprit, on to which the little garden gate opened; and these Combray streets exist in so remote a quarter of my memory, painted in colours so different from those in which the world is decked for me to-day, that in fact one and all of them, and the church which towered above them in the Square, seem to me now more unsubstantial than the projections of my magic-lantern; while at times I feel that to be able to cross the Rue Saint-Hilaire again, to engage a room in the Rue de l’Oiseau, in the old hostelry of the Oiseau Flesché, from whose windows in the pavement used to rise a smell of cooking which rises still in my mind, now and then, in the same warm gusts of comfort, would be to secure a contact with the unseen world more marvellously supernatural than it would be to make Golo’s acquaintance and to chat with Geneviève de Brabant.




Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Texte intégral en français

Remembrance of Things Past (In Search of Lost Time), translated from the French by C. K. Scott Moncrieff

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