Marcel Proust

Nouvelle Edition Bilingue Intégrale:

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035 Comme la promenade du côté de Méséglise

Comme la promenade du côté de Méséglise était la moins longue des deux que nous faisions autour de Combray et qu'à cause de cela on la réservait pour les temps incertains, le climat du côté de Méséglise était assez pluvieux et nous ne perdions jamais de vue la lisière des bois de Roussainville dans l'épaisseur desquels nous pourrions nous mettre à couvert.

Souvent le soleil se cachait derrière une nuée qui déformait son ovale et dont il jaunissait la bordure. L'éclat, mais non la clarté, était enlevé à la campagne où toute vie semblait suspendue, tandis que le petit village de Roussainville sculptait sur le ciel le relief de ses arêtes blanches avec une précision et un fini accablants. Un peu de vent faisait envoler un corbeau qui retombait dans le lointain, et, contre le ciel blanchissant, le lointain des bois paraissait plus bleu, comme peint dans ces camaïeux qui décorent les trumeaux des anciennes demeures.

Mais d'autres fois se mettait à tomber la pluie dont nous avait menacés le capucin que l'opticien avait à sa devanture ; les gouttes d'eau, comme des oiseaux migrateurs qui prennent leur vol tous ensemble, descendaient à rangs pressés du ciel. Elles ne se séparent point, elles ne vont pas à l'aventure pendant la rapide traversée, mais chacune tenant sa place attire à elle celle qui la suit et le ciel en est plus obscurci qu'au départ des hirondelles. Nous nous réfugiions dans le bois. Quand leur voyage semblait fini, quelques-unes, plus débiles, plus lentes, arrivaient encore. Mais nous ressortions de notre abri, car les gouttes se plaisent aux feuillages, et la terre était déjà presque séchée que plus d'une s'attardait à jouer sur les nervures d'une feuille, et suspendue à la pointe, reposée, brillant au soleil, tout d'un coup se laissait glisser de toute la hauteur de la branche et nous tombait sur le nez.

Souvent aussi nous allions nous abriter, pêle-mêle avec les saints et les patriarches de pierre sous le porche de Saint-André-des-Champs. Que cette église était française ! Au-dessus de la porte, les saints, les rois-chevaliers une fleur de lys à la main, des scènes de noces et de funérailles, étaient représentés comme ils pouvaient l'être dans l'âme de Françoise. Le sculpteur avait aussi narré certaines anecdotes relatives à Aristote et à Virgile de la même façon que Françoise à la cuisine parlait volontiers de saint Louis comme si elle l'avait personnellement connu, et généralement pour faire honte par la comparaison à mes grands-parents moins « justes ». On sentait que les notions que l'artiste médiéval et la paysanne médiévale (survivant au XIXe siècle) avaient de l'histoire ancienne ou chrétienne, et qui se distinguaient par autant d'inexactitude que de bonhomie, ils les tenaient non des livres, mais d'une tradition à la fois antique et directe, ininterrompue, orale, déformée, méconnaissable et vivante. Une autre personnalité de Combray que je reconnaissais aussi, virtuelle et prophétisée, dans la sculpture gothique de Saint-André-des-Champs c'était le jeune Théodore, le garçon de chez Camus. Françoise sentait d'ailleurs si bien en lui un pays et un contemporain que, quand ma tante Léonie était trop malade pour que Françoise pût suffire à la retourner dans son lit, à la porter dans son fauteuil, plutôt que de laisser la fille de cuisine monter se faire « bien voir » de ma tante, elle appelait Théodore. Or ce garçon, qui passait et avec raison pour si mauvais sujet, était tellement rempli de l'âme qui avait décoré Saint-André-des-Champs et notamment des sentiments de respect que Françoise trouvait dus aux « pauvres malades », à « sa pauvre maîtresse », qu'il avait pour soulever la tête de ma tante sur son oreiller la mine naïve et zélée des petits anges des bas-reliefs, s'empressant, un cierge à la main, autour de la Vierge défaillante, comme si les visages de pierre sculptée, grisâtres et nus, ainsi que sont les bois en hiver, n'étaient qu'un ensommeillement, qu'une réserve, prête à refleurir dans la vie en innombrables visages populaires, révérends et futés comme celui de Théodore, enluminés de la rougeur d'une pomme mûre. Non plus appliquée à la pierre comme ces petits anges, mais détachée du porche, d'une stature plus qu'humaine, debout sur un socle comme sur un tabouret qui lui évitât de poser ses pieds sur le sol humide, une sainte avait les joues pleines, le sein ferme et qui gonflait la draperie comme une grappe mûre dans un sac de crin, le front étroit, le nez court et mutin, les prunelles enfoncées, l'air valide, insensible et courageux des paysannes de la contrée. Cette ressemblance, qui insinuait dans la statue une douceur que je n'y avais pas cherchée, était souvent certifiée par quelque fille des champs, venue comme nous se mettre à couvert, et dont la présence, pareille à celle de ces feuillages pariétaires qui ont poussé à côté des feuillages sculptés, semblait destinée à permettre, par une confrontation avec la nature, de juger de la vérité de l'œuvre d'art. Devant nous, dans le lointain, terre promise ou maudite, Roussainville, dans les murs duquel je n'ai jamais pénétré, Roussainville, tantôt, quand la pluie avait déjà cessé pour nous, continuait à être châtié comme un village de la Bible par toutes les lances de l'orage qui flagellaient obliquement les demeures de ses habitants, ou bien était déjà pardonné par Dieu le Père qui faisait descendre vers lui, inégalement longues, comme les rayons d'un ostensoir d'autel, les tiges d'or effrangées de son soleil reparu.

Quelquefois le temps était tout à fait gâté, il fallait rentrer et rester enfermé dans la maison. Çà et là au loin dans la campagne que l'obscurité et l'humidité faisaient ressembler à la mer, des maisons isolées, accrochées au flanc d'une colline plongée dans la nuit et dans l'eau, brillaient comme des petits bateaux qui ont replié leurs voiles et sont immobiles au large pour toute la nuit. Mais qu'importait la pluie, qu'importait l'orage ! L'été, le mauvais temps n'est qu'une humeur passagère, superficielle, du beau temps sous-jacent et fixe, bien différent du beau temps instable et fluide de l'hiver et qui, au contraire, installé sur la terre où il s'est solidifié en denses feuillages sur lesquels la pluie peut s'égoutter sans compromettre la résistance de leur permanente joie, a hissé pour toute la saison, jusque dans les rues du village, aux murs des maisons et des jardins, ses pavillons de soie violette ou blanche. Assis dans le petit salon, où j'attendais l'heure du dîner en lisant, j'entendais l'eau dégoutter de nos marronniers, mais je savais que l'averse ne faisait que vernir leurs feuilles et qu'ils promettaient de demeurer là, comme des gages de l'été, toute la nuit pluvieuse, à assurer la continuité du beau temps ; qu'il avait beau pleuvoir, demain, au-dessus de la barrière blanche de Tansonville, onduleraient, aussi nombreuses, de petites feuilles en forme de cœur ; et c'est sans tristesse que j'apercevais le peuplier de la rue des Perchamps adresser à l'orage des supplications et des salutations désespérées ; c'est sans tristesse que j'entendais au fond du jardin les derniers roulements du tonnerre roucouler dans les lilas.

Si le temps était mauvais dès le matin, mes parents renonçaient à la promenade et je ne sortais pas. Mais je pris ensuite l'habitude d'aller, ces jours-là, marcher seul du côté de Méséglise-la-Vineuse, dans l'automne où nous dûmes venir à Combray pour la succession de ma tante Léonie, car elle était enfin morte, faisant triompher à la fois ceux qui prétendaient que son régime affaiblissant finirait par la tuer, et non moins les autres qui avaient toujours soutenu qu'elle souffrait d'une maladie non pas imaginaire mais organique, à l'évidence de laquelle les sceptiques seraient bien obligés de se rendre quand elle y aurait succombé ; et ne causant par sa mort de grande douleur qu'à un seul être, mais à celui-là, sauvage. Pendant les quinze jours que dura la dernière maladie de ma tante, Françoise ne la quitta pas un instant, ne se déshabilla pas, ne laissa personne lui donner aucun soin, et ne quitta son corps que quand il fut enterré. Alors nous comprîmes que cette sorte de crainte où Françoise avait vécu des mauvaises paroles, des soupçons, des colères de ma tante avait développé chez elle un sentiment que nous avions pris pour de la haine et qui était de la vénération et de l'amour. Sa véritable maîtresse, aux décisions impossibles à prévoir, aux ruses difficiles à déjouer, au bon cœur facile à fléchir, sa souveraine, son mystérieux et tout-puissant monarque n'était plus. À côté d'elle nous comptions pour bien peu de chose. Il était loin le temps où, quand nous avions commencé à venir passer nos vacances à Combray, nous possédions autant de prestige que ma tante aux yeux de Françoise. Cet automne-là, tout occupés des formalités à remplir, des entretiens avec les notaires et avec les fermiers, mes parents, n'ayant guère de loisir pour faire des sorties que le temps d'ailleurs contrariait, prirent l'habitude de me laisser aller me promener sans eux du côté de Méséglise, enveloppé dans un grand plaid qui me protégeait contre la pluie et que je jetais d'autant plus volontiers sur mes épaules que je sentais que ses rayures écossaises scandalisaient Françoise, dans l'esprit de qui on n'aurait pu faire entrer l'idée que la couleur des vêtements n'a rien à faire avec le deuil et à qui d'ailleurs le chagrin que nous avions de la mort de ma tante plaisait peu, parce que nous n'avions pas donné de grand repas funèbre, que nous ne prenions pas un son de voix spécial pour parler d'elle, que même parfois je chantonnais. Je suis sûr que dans un livre – et en cela j'étais bien moi-même comme Françoise – cette conception du deuil d'après la Chanson de Roland et le portail de Saint-André-des-Champs m'eût été sympathique. Mais dès que Françoise était auprès de moi, un démon me poussait à souhaiter qu'elle fût en colère, je saisissais le moindre prétexte pour lui dire que je regrettais ma tante parce que c'était une bonne femme, malgré ses ridicules, mais nullement parce que c'était ma tante, qu'elle eût pu être ma tante et me sembler odieuse, et sa mort ne me faire aucune peine, propos qui m'eussent semblé ineptes dans un livre.

Si alors Françoise, remplie comme un poète d'un flot de pensées confuses sur le chagrin, sur les souvenirs de famille, s'excusait de ne pas savoir répondre à mes théories et disait : « Je ne sais pas m'esprimer », je triomphais de cet aveu avec un bon sens ironique et brutal digne du docteur Percepied ; et si elle ajoutait : « Elle était tout de même de la parentèse, il reste toujours le respect qu'on doit à la parentèse », je haussais les épaules et je me disais : « Je suis bien bon de discuter avec une illettrée qui fait des cuirs pareils », adoptant ainsi pour juger Françoise le point de vue mesquin d'hommes dont ceux qui les méprisent le plus dans l'impartialité de la méditation, sont fort capables de tenir le rôle, quand ils jouent une des scènes vulgaires de la vie.

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035 Since the ‘Méséglise way’

Submitted by proust on Sat, 09/26/2009 - 22:08.

Since the ‘Méséglise way’ was the shorter of the two that we used to take for our walks round Combray, and for that reason was reserved for days of uncertain weather, it followed that the climate of Méséglise shewed an unduly high rainfall, and we would never lose sight of the fringe of Rous-sainville wood, so that we could, at any moment, run for shelter beneath its dense thatch of leaves.

Often the sun would disappear behind a cloud, which impinged on its roundness, but whose edge the sun gilded in return. The brightness, though not the light of day, would then be shut off from a landscape in which all life appeared to be suspended, while the little village of Roussainville carved in relief upon the sky the white mass of its gables, with a startling precision of detail. A gust of wind blew from its perch a rook, which floated away and settled in the distance, while beneath a paling sky the woods on the horizon assumed a deeper tone of blue, as though they were painted in one of those cameos which you still find decorating the walls of old houses.

But on other days would begin to fall the rain, of which we had had due warning from the little barometer-figure which the spectacle-maker hung out in his doorway. Its drops, like migrating birds which fly off in a body at a given moment, would come down out of the sky in close marching order. They would never drift apart, would make no movement at random in their rapid course, but each one, keeping in its place, would draw after it the drop which was following, and the sky would be as greatly darkened as by the swallows flying south. We would take refuge among the trees. And when it seemed that their flight was accomplished, a few last drops, feebler and slower than the rest, would still come down. But we would emerge from our shelter, for the rain was playing a game, now, among the branches, and, even when it was almost dry again underfoot, a stray drop or two, lingering in the hollow of a leaf, would run down and hang glistening from the point of it until suddenly it splashed plump upon our upturned faces from the whole height of the tree.

Often, too, we would hurry for shelter, tumbling in among all its stony saints and patriarchs, into the porch of Saint-André-des-Champs, How typically French that church was! Over its door the saints, the kings of chivalry with lilies in their hands, the wedding scenes and funerals were carved as they might have been in the mind of Françoise. The sculptor had also recorded certain anecdotes of Aristotle and Virgil, precisely as Françoise in her kitchen would break into speech about Saint Louis as though she herself had known him, generally in order to depreciate, by contrast with him, my grandparents, whom she considered less ‘righteous.’ One could see that the ideas which the mediaeval artist and the mediaeval peasant (who had survived to cook for us in the nineteenth century) had of classical and of early Christian history, ideas whose inaccuracy was atoned for by their honest simplicity, were derived not from books, but from a tradition at once ancient and direct, unbroken, oral, degraded, unrecognisable, and alive. Another Combray person whom I could discern also, potential and typified, in the gothic sculptures of Saint-André-des-Champs was young Théodore, the assistant in Camus’s shop. And, indeed, Françoise herself was well aware that she had in him a countryman and contemporary, for when my aunt was too ill for Françoise to be able, unaided, to lift her in her bed or to carry her to her chair, rather than let the kitchen-maid come upstairs and, perhaps, ‘make an impression’ on my aunt, she would send out for Théodore. And this lad, who was regarded, and quite rightly, in the town as a ‘bad character,’ was so abounding in that spirit which had served to decorate the porch of Saint-André-des-Champs, and particularly in the feelings of respect due, in Franchise’s eyes, to all ‘poor invalids,’ and, above all, to her own ‘poor mistress,’ that he had, when he bent down to raise my aunt’s head from her pillow, the same air of préraphaélite simplicity and zeal which the little angels in the has-reliefs wear, who throng, with tapers in their hands, about the deathbed of Our Lady, as though those carved faces of stone, naked and grey like trees in winter, were, like them, asleep only, storing up life and waiting to flower again in countless plebeian faces, reverend and cunning as the face of Théodore, and glowing with the ruddy brilliance of ripe apples.

There, too, not fastened to the wall like the little angels, but detached from the porch, of more than human stature, erect upon her pedestal as upon a footstool, which had been placed there to save her feet from contact with the wet ground, stood a saint with the full cheeks, the firm breasts which swelled out inside her draperies like a cluster of ripe grapes inside a bag, the narrow forehead, short and stubborn nose, deep-set eyes, and strong, thick-skinned, courageous expression of the country-women of those parts. This similarity, which imparted to the statue itself a kindliness that I had not looked to find in it, was corroborated often by the arrival of some girl from the fields, come, like ourselves, for shelter beneath the porch, whose presence there—as when the leaves of a climbing plant have grown up beside leaves carved in stone—seemed intended by fate to allow us, by confronting it with its type in nature, to form a critical estimate of the truth of the work of art. Before our eyes, in the distance, a promised or an accursed land, Roussainville, within whose walls I had never penetrated, Roussainville was now, when the rain had ceased for us, still being chastised, like a village in the Old Testament, by all the innumerable spears and arrows of the storm, which beat down obliquely upon the dwellings of its inhabitants, or else had already received the forgiveness of the Almighty, Who had restored to it the light of His sun, which fell upon it in rays of uneven length, like the rays of a monstrance upon an altar.

Sometimes, when the weather had completely broken, we were obliged to go home and to remain shut up indoors. Here and there, in the distance, in a landscape which, what with the failing light and saturated atmosphere, resembled a seascape rather, a few solitary houses clinging to the lower slopes of a hill whose heights were buried in a cloudy darkness shone out like little boats which had folded their sails and would ride at anchor, all night, upon the sea. But what mattered rain or storm? In summer, bad weather is no more than a passing fit of superficial ill-temper expressed by the permanent, underlying fine weather; a very different thing from the fluid and unstable ‘fine weather’ of winter, its very opposite, in fact; for has it not (firmly established in the soil, on which it has taken solid form in dense masses of foliage over which the rain may pour in torrents without weakening the resistance offered by their real and lasting happiness) hoisted, to keep them flying throughout the season, in the village streets, on the walls of the houses and in their gardens, its silken banners, violet and white. Sitting in the little parlour, where I would pass the time until dinner with a book, I might hear the water dripping from our chestnut-trees, but I would know that the shower would only glaze and brighten the greenness of their thick, crumpled leaves, and that they themselves had undertaken to remain there, like pledges of summer, all through the rainy night, to assure me of the fine weather’s continuing; it might rain as it pleased, but to-morrow, over the white fence of Tansonville, there would surge and flow, numerous as ever, a sea of little heart-shaped leaves; and without the least anxiety I could watch the poplar in the Rue des Perchamps praying for mercy, bowing in desperation before the storm; without the least anxiety I could hear, at the far end of the garden, the last peals of thunder growling among our lilac-trees.

If the weather was bad all morning, my family would abandon the idea of a walk, and I would remain at home. But, later on, I formed the habit of going out by myself on such days, and walking towards Méséglise-la-Vineuse, during that autumn when we had to come to Combray to settle the division of my aunt Léonie’s estate; for she had died at last, leaving both parties among her neighbours triumphant in the fact of her demise—those who had insisted that her mode of life was enfeebling and must ultimately kill her, and, equally, those who had always maintained that she suffered from some disease not imaginary, but organic, by the visible proof of which the most sceptical would be obliged to own themselves convinced, once she had succumbed to it; causing no intense grief to any save one of her survivors, but to that one a grief savage in its violence. During the long fortnight of my aunt’s last illness Françoise never went out of her room for an instant, never took off her clothes, allowed no one else to do anything for my aunt, and did not leave her body until it was actually in its grave. Then, at last, we understood that the sort of terror in which Françoise had lived of my aunt’s harsh words, her suspicions and her anger, had developed in her a sentiment which we had mistaken for hatred, and which was really veneration and love. Her true mistress, whose decisions it had been impossible to foresee, from whose stratagems it had been so hard to escape, of whose good nature it had been so easy to take advantage, her sovereign, her mysterious and omnipotent monarch was no more. Compared with such a mistress we counted for very little. The time had long passed when, on our first coming to spend our holidays at Combray, we had been of equal importance, in Franchise’s eyes, with my aunt.

During that autumn my parents, finding the days so fully occupied with the legal formalities that had to be gone through, and discussions with solicitors and farmers, that they had little time for walks which, as it happened, the weather made precarious, began to let me go, without them, along the ‘Méséglise way,’ wrapped up in a huge Highland plaid which protected me from the rain, and which I was all the more ready to throw over my shoulders because I felt that the stripes of its gaudy tartan scandalised Françoise, whom it was impossible to convince that the colour of one’s clothes had nothing whatever to do with one’s mourning for the dead, and to whom the grief which we had shewn on my aunt’s death was wholly unsatisfactory, since we had not entertained the neighbours to a great funeral banquet, and did not adopt a special tone when we spoke of her, while I at times might be heard humming a tune. I am sure that in a book—and to that extent my feelings were closely akin to those of Françoise—such a conception of mourning, in the manner of the Chanson de Roland and of the porch of Saint-André-des-Champs, would have seemed most attractive. But the moment that Françoise herself approached, some evil spirit would urge me to attempt to make her angry, and I would avail myself of the slightest pretext to say to her that I regretted my aunt’s death because she had been a good woman in spite of her absurdities, but not in the least because she was my aunt; that she might easily have been my aunt and yet have been so odious that her death would not have caused me a moment’s sorrow; statements which, in a book, would have struck me as merely fatuous.

And if Françoise then, inspired like a poet with a flood of confused reflections upon bereavement, grief, and family memories, were to plead her inability to rebut my theories, saying: “I don’t know how to espress myself”—I would triumph over her with an ironical and brutal common sense worthy of Dr. Percepied; and if she went on: “All the same she was a geological relation; there is always the respect due to your geology,” I would shrug my shoulders and say: “It is really very good of me to discuss the matter with an illiterate old woman who cannot speak her own language,” adopting, to deliver judgment on Françoise, the mean and narrow outlook of the pedant, whom those who are most contemptuous of him in the impartiality of their own minds are only too prone to copy when they are obliged to play a part upon the vulgar stage of life.

Marcel Proust - A la recherche du temps perdu - Texte intégral en français

Remembrance of Things Past (In Search of Lost Time), translated from the French by C. K. Scott Moncrieff